Lire les premières pages de Victor A.

Découvrez le début de Victor A. Cet extrait correspond aux premières pages du roman et vous permet de découvrir son univers, son style et son atmosphère avant de poursuivre la lecture.


Extrait

Prologue

Il était toujours étonnant de constater la quantité de poussière qui pouvait s’accumuler dans une petite pièce, surtout laissée à l’abandon. La lumière, qui traversait les volets à demi-fermés, semblait faire briller les particules en suspension dans l’atmosphère comme des diamants. En humant l’air, Edouard pouvait presque sentir l’odeur familière de son oncle. Dans la rue, les passants s’affairaient à leurs tâches quotidiennes : une marchande hurlait à qui voulait l’entendre que ses poissons étaient les meilleurs du quartier ; un cocher criait sur un cheval un peu trop retors. 

Dehors, la vie grouillait d’intensité, mais ici, le temps paraissait s’être arrêté. Depuis que l’on avait changé de siècle, et particulièrement depuis la fin de la Grande Guerre quelques mois auparavant, le monde semblait pris de frénésie. Pourtant, dans cet appartement, le jeune homme avait l’impression de se retrouver dans sa jeune adolescence. Rien n’avait bougé. Projeté dans le passé, il se revoyait émerveillé par la collection de livres et d’objets exotiques que son oncle avait accumulés. 

À dire vrai, il l’avait peu connu. Sa mère avait toujours maintenu une relation assez distante avec ce jeune frère, éternel célibataire, que l’on disait « particulier ». Edouard avait la chance d’être bien né. Son père était un importateur de café qui avait fait fortune et sa mère venait d’une grande famille bourgeoise de Normandie. Il avait grandi au Havre et les occasions de se rendre à la capitale étaient rares. C’était lors de ces visites que, parfois, on l’emmenait voir son oncle. Il avait toujours soupçonné que sa présence était une sorte d’alibi. Comme si la compagnie d’un jeune garçon permettait d’éviter les silences gênants. 

Ce ne fut qu’en grandissant qu’Edouard comprit que l’homme dans son intégralité était un sujet tabou. Déjà, c’était un littéraire. Ce qui, dans une famille de commerçants, avait suscité moqueries et interrogations. Quelle folie avait bien pu le pousser à monter à Paris ? Était-ce une vie, de vouloir s’enivrer tous les soirs de littérature et de réflexions dans des salons que la bonne société considérait d’un œil réprobateur ? Pourtant, malgré l’opprobre familiale, son oncle, communément désigné comme « ce fou de Victor », avait osé tracer sa propre voie.  

En parcourant la pièce des yeux, il fut surpris par sa petite taille. Jeune, les choses semblaient toujours plus immenses. Adulte, il ne pouvait désormais que constater l’état de délabrement de cette pièce unique où figuraient sans aucun style cohérent un lit, une petite table de chevet abritant un pot de chambre, un grand bureau recouvert de papiers, une petite cheminée avec une casserole et des assiettes en grès déposées à côté, et enfin, comme trônant sur tout le reste, une grande bibliothèque remplie de livres et de bibelots. 

Edouard se dit que sa tâche serait au final peut-être plus simple qu’il ne l’avait imaginée. Il était venu pour répertorier les affaires de son oncle, solder ce qui pouvait l’être et rapatrier en Normandie les quelques objets de valeur qu’il pourrait trouver. En tant que clerc de notaire, il s’agissait de la toute première succession qu’il traitait. Ses parents avaient insisté auprès de Maître Delloge pour que leur jeune fils, qui débutait dans l’étude, soit en charge du dossier. 

Le jeune homme n’avait pas été réjoui par la proposition. Sa famille cherchait inlassablement à influencer le cours de sa vie en s’appuyant sur leurs relations mais Edouard n’avait pas eu le courage de s’y opposer. En toute honnêteté, ce fut cette même influence qui lui permit d’éviter la conscription. Ce qui l’étonnait le plus, c’était que cette affaire de succession concernait un mort, pas vraiment mort. En fait, son oncle semblait s’être simplement évaporé.  

Personne n’avait reçu de ses nouvelles depuis une douzaine d’années. Les nombreuses recherches que le jeune clerc avait lui-même effectuées auprès du Ministère des Armées s’étaient révélées infructueuses : son oncle ne semblait pas avoir été déployé sur le front. Celles menées auprès de la police parisienne ou des hôpitaux avaient toutes également fini en impasse. Seule l’adresse de cet appartement maintenait un lien avec l’homme. 

Car c’était peut-être la découverte la plus étrange qu’il avait faite en arrivant à Paris. Il était évident que l’endroit était abandonné depuis des années. Pourtant, après échange avec le propriétaire, Edouard avait reçu la preuve que quelqu’un continuait d’envoyer de l’argent tous les mois afin que la chambre ne fusse pas relouée. Le paiement se faisait en liquide et rien ne pouvait permettre d’identifier le généreux donateur. 

Officiellement, comme pour élaguer l’arbre généalogique et le soulager de sa branche la plus malade, ses parents avaient réussi à faire déclarer son oncle mort. Mais pour le jeune homme, il n’était pas pensable que quelqu’un puisse disparaître sans que personne ne s’en souciât.  Quelque part en lui brûlait le désir de savoir ce qui s’était réellement passé. Que lui était-il arrivé ? 

Considérant cette question, il s’assit au bureau. En fouillant les divers tiroirs, il ne trouva rien d’intéressant à part quelques carnets de poèmes, des ébauches d’articles de presse et des notes assez cryptiques. Son étude de la bibliothèque s’avéra tout aussi inutile. Rien dans ces lieux ne semblait offrir un début de réponse. Il dut néanmoins reconnaître que la collection de livres et d’objets de curiosités était fascinante. Les grands écrits de la littérature française mais aussi anglaise, russe ou prussienne semblaient se pavaner au milieu de crânes d’oiseaux, de minéraux semi-précieux et d’objets d’art provenant des colonies. Son oncle parlait-il réellement toutes ces langues étrangères ? Comment avait-il pu acquérir autant de choses ? À voir l’état de l’appartement, il ne semblait pourtant pas avoir fait fortune. Or, le jeune homme savait que son oncle avait été privé de tous les revenus familiaux quand il avait quitté la Normandie dans les cris et les larmes. 

Pour Edouard, l’idée qu’il s’était faite de l’homme commençait à se fragmenter.  Comment quelqu’un né dans cette famille avait-il pu emprunter un tel chemin ? Quelle force cela demandait-il ? À vrai dire, le futur notaire était admiratif de cette brebis égarée. Oser faire le choix d’une telle liberté, en rupture avec toute une éducation, faisait rêver le garçon. Car, s’il était honnête, il comprenait à quel point les attentes familiales pouvaient progressivement étouffer toute étincelle de plaisir. 

En continuant son exploration, il marcha sur une latte en bois qui attira son attention. Elle ne semblait pas fixée mais simplement posée sur le parquet. En se rapprochant, et en dégageant quelques livres qui la maintenaient en place, il put la déloger sans le moindre effort. Il enfonça sa main dans la cavité et sentit vite, sous ses doigts, une boite en métal. Il la saisit, se releva et alla s’assoir au bureau avec une certaine excitation. 

Dehors, le soleil commençait à décliner, aussi Edouard alluma-t-il une lampe à pétrole trouvée dans un coin de la pièce. À la lueur de la flamme, il ouvrit son trésor. À l’intérieur du coffret étaient entreposés un objet entouré d’un chiffon ainsi que tout un ensemble de lettres. Il défit délicatement le tissu et sentit un frisson lui parcourir la nuque à la vue de la statuette qu’il protégeait. La figurine, de couleur noire, ne devait même pas faire dix centimètres de haut. Elle était taillée à même la pierre, mais le jeune Normand ne pouvait identifier le type de minerai utilisé. Même si les traits étaient assez grossiers, on devinait clairement ce qui était représenté. On pouvait distinguer le corps d’un homme nu, son visage semblait être celui d’un crocodile et, à la place de son pénis, de longs tentacules se dressaient comme dans une érection macabre. 

Pour Edouard, quelque chose d’extrêmement malsain se dégageait de l’objet. Instinctivement, il se signa. Pourtant, même s’il était perturbé, il ne pouvait nier l’attraction s’exerçant sur lui. Il pouvait même sentir une étrange chaleur se diffuser depuis ses reins, contrastant avec la froideur qui envahissait mystérieusement la pièce. Soudain, le vent s’engouffra dans la cheminée et produisit un étrange son guttural qui le fit sursauter. Mais, malgré la peur, le garçon ne pouvait détacher son regard de l’objet. Il était fasciné par la manière dont l’artiste avait mis en avant la musculature de cette créature mi-homme mi-bête. 

Cette création ramenait à la vie des souvenirs et des désirs que le jeune homme avait méticuleusement refoulés dans les tréfonds de sa psyché. Des évocations de corps sur les plages normandes et d’adolescents travaillant dans les champs sous la chaleur de l’été émergèrent dans son esprit. Des réminiscences de plaisirs solitaires et de honte de draps tâchés firent aussi leur apparition. Quel étrange pouvoir était à l’œuvre ici ? Toutes ces pulsions, Edouard les avait vaincues quand il avait commencé à courtiser la fille de son mentor, Maître Delloge. 

Les mains tremblantes, il déposa la statuette sur le bureau comme pour briser le sortilège. En cet instant précis, le jeune homme hésitait à fuir. Il n’y avait pas grand-chose de valeur en ces lieux. Il pouvait maintenant quitter cette chambre, annoncer qu’aucun objet ne méritait que l’on s’y attarde et clôturer la succession. Il aurait alors accompli son devoir et pourrait retourner à sa vie. Mais cette découverte était trop séduisante. De plus, il ressentait une certaine excitation à l’idée de vivre un moment en dehors du carcan de la haute société dans laquelle il évoluait. Ici, personne ne le connaissait. Son enquête était donc, pour lui, synonyme de liberté. 

Il vainquit donc sa peur et prit la correspondance entreposée dans la boîte. Celle-ci semblait avoir été classée chronologiquement. Piqué par la curiosité, Edouard ouvrit la première lettre. Il reconnut l’écriture de son oncle. Ne l’avait-il jamais envoyée ? Quelqu’un lui avait-il rendu ses écrits ? Face à tous ces mystères, le garçon se décida à pénétrer l’intimité de l’homme. 

À la lumière de la flamme, il commença à lire.

I. Le Bateleur

31 mai 1907

Cher Monsieur,

Je vous écris sur les conseils d’un ami que nous avons en commun. La prudence m’impose de ne pas citer son nom, mais je suis certain que vous devez vous rappeler ce jeune Italien, affable et enjoué, qui enchante le salon de l’Odysseus de ses poèmes. Je suis moi-même versé dans l’art de la poésie, mais là n’est point le sujet.

Si je m’adresse à vous en ce jour, c’est pour recevoir vos conseils quant à un problème qui ne cesse de croître dans ma vie. Je crains que, sans une aide providentielle, je ne sois obligé de me faire interner dans un sanatorium. On m’en a conseillé un, spécialisé dans le traitement de ma pathologie, se situant au cœur du Massif Central. Voyez-vous, je souffre d’une maladie dont la décence m’oblige à taire le nom. Cette particularité affecte les désirs et semble me tenter inlassablement. 

Notre ami mutuel m’a parlé, à demi-mots, d’une méthode que vous auriez développée et qui permettrait d’aider les jeunes gens comme moi. Je me tourne donc vers vous, dans l’espoir que vous puissiez m’en confier les étapes. 

Je sais que vous exigez de la part de ceux que vous aidez la confiance et le secret le plus total. Je puis vous assurer que je saurai respecter ces conditions non négociables. Pour vous prouver ma bonne foi, vous trouverez ci-après les grandes lignes de ma vie et la nature des secrets que je tais depuis si longtemps. 

Je suis né à Honfleur le 27 août 1883. Cette date, si particulière, semble avoir laissé sa marque sur ma propre destinée. Comme vous devez le savoir, ce jour funeste reste dans les mémoires comme celui de l’explosion du Krakatoa dans les Indes orientales néerlandaises.

Ce fut sur cet événement apocalyptique que je poussai donc mon premier cri. Parfois, je me demande si ma passion pour le bleu n’est pas une tentative de mon âme pour apaiser les couleurs orangées qui se sont gravées sur ma rétine dès mon plus jeune âge. En effet, vous souvenez-vous comment les couchers de soleil étaient particulièrement incandescents cet été-là ? On dit que cela a même inspiré les couleurs du Cri, l’œuvre de l’artiste Edvard Munch. 

Ce fut donc dans le sillage de cette catastrophe que je grandis, à l’ombre d’une famille religieuse où la bonne morale allait de pair avec le goût pour le commerce. Je sais qu’il serait mal venu de me plaindre. Notre famille fut épargnée par l’invasion prussienne et nous sûmes prospérer. Cependant, à la différence de ma sœur ainée, je n’ai jamais su me satisfaire du chemin tout tracé qui s’offrait à moi. Seul fils d’une famille réduite de deux enfants (ma mère ne pouvant plus enfanter après moi), je cristallisai vite les projets de grandeur de mon père. Très jeune, il m’initia aux arcanes de l’entreprise familiale centrée sur l’import du bois en provenance des contrées nordiques. 

Pourtant, mes inclinations ont toujours été autres. Je me rappelle que les moments les plus heureux de mon enfance étaient passés avec des livres pour seule compagnie. Mon cœur brûlait de vivre mille et une aventures. Chaque histoire, chaque personnage que je rencontrais, étaient pour moi l’occasion de m’évader. Et derrière chaque page, j’espérais secrètement en connaitre un peu plus sur la nature du monde. 

En effet, aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours contesté la vision simpliste que l’on tentait de m’inculquer. Ce qui, très tôt, me conféra le qualificatif de rebelle. Et, croyez-moi, mon père n’avait nul désir d’élever un fils retors. Chacune de mes questions ou de mes bravades semblaient un peu plus l’aliéner de moi. Durant toutes ces années, le seul compagnon qui semblait partager ma révolte fut le fils du palefrenier. Notre amitié était pure et sincère. Souvent, nous nous retrouvions dans la nature pour nous raconter des histoires et disserter sur l’avenir. Que d’aventures pouvions-nous vivre, ensemble, en esprit !

Parfois, quand l’odeur du printemps vient à réapparaître, il me semble encore entendre ses rires dans le vent du matin. Hélas, à la manière de ces mythes grecs que nous aimions tant, le futur qui nous attendait se révéla tragique. L’adolescence étant ce qu’elle est, l’été de nos seize ans vit notre rapprochement devenir charnel. J’avoue que même aujourd’hui, j’ai encore du mal à le confesser par écrit. 

À l’époque, j’avais réussi à m’échapper des questions existentielles et de la dialectique entre le bien et le mal. Nous étions simplement deux amis qui partagions déjà tout. Il semblait alors logique d’ajouter à ce pacte qui nous liait nos passions les plus érotiques. Hélas, un domestique nous surprit en plein ébat derrière une colline en bord de mer. Nous avait-il suivis jusque-là ? Était-ce le simple fruit du hasard ? Je ne saurais le dire. Ce qui est certain, c’est que mon père dut avoir vent de mes penchants, car il ne fut plus le même après ce jour. À chaque fois qu’il me regarda par la suite, je ne vis dans ses yeux que l’expression d’un dégoût infini. 

Quant à mon ami ? Quelques semaines plus tard, son corps sans vie fut retrouvé sur les rochers du port. Pour la police, il s’était noyé en se montrant trop aventureux lors d’une nage. Pour moi, je voyais sur son décès prématuré la marque de mon péché. Même si, je dois vous l’avouer, une partie de moi n’a jamais cessé de penser que ma famille était sûrement impliquée dans cet accident.

Quoi qu’il en fût, à partir de ce moment, je m’isolai dans les livres et les savoirs que je pouvais dénicher. Je m’intéressais aussi bien aux sciences qu’aux grands poètes contemporains et je jouissais de la chance d’habiter une ville qui attirait de nombreux peintres et artistes en quête d’inspiration. Ce fut à leur contact que ma fascination pour Paris se forgea. Ils dépeignaient la capitale comme un centre culturel vivant et sans limite. En les écoutant, cette ville m’apparut vite comme la seule oasis pouvant me sauver du désert qu’était ma vie. 

C’est pourquoi, le jour de mes vingt-et-un ans, je quittai la maison familiale dans un tourbillon de fureur et de cris. Je tremble encore du souvenir de ma mère en larmes tandis que mon père m’empêchait de partir. Il me traita de déviant, de honte pour la famille, et m’avertit que si je passais le pas de la porte, je serais sans le sou et banni des miens. 

Étrangement, ce fut peut-être l’idée d’être libéré de lui qui me donna la force de franchir le seuil. Mon arrivée à Paris se fit alors comme mon départ : dans un maelström. J’avais peu d’argent en poche, mais j’étais riche de curiosité et des contacts que j’avais tissés en Normandie. Très vite, une connaissance me permit de louer une petite chambre dans le IXème arrondissement alors que, dans la foulée, je débutais comme pigiste pour divers journaux dont le Cri du Peuple. Si mon train de vie s’était forcément amenuisé, je ne m’étais jamais senti aussi fortuné que durant ces premiers mois parisiens. 

Voilà donc maintenant trois ans que j’ai recommencé ma vie ici. J’ai trouvé un rythme plaisant qui se partage entre salons du quartier, cafés le long des Champs-Elysées et sorties culturelles. Mon cercle d’amis s’est élargi avec le temps : scientifiques, poètes, journalistes… Nous refaisons le monde et tentons, ensemble, de dessiner les contours de ce nouveau siècle. Tant de potentiels s’offrent à nous ! Il est évident que la raison et l’imagination dont est doté l’Homme pourront lui permettre de vaincre ses instincts les plus sauvages et d’atteindre des sommets encore inexplorés. 

Pourtant, dans ce jardin d’Eden, je ne peux nier la présence d’un serpent. J’ai cru ma déviance morte avec mon jeune ami dans le port de Honfleur, mais je me suis leurré. La vérité, c’est que ces désirs ne cessent de me tenter. J’ai failli plus d’une fois céder aux chants de ces sirènes, et ce n’est que par la plus grande volonté que j’ai réussi à ne pas pénétrer dans ces maisons closes fréquentées uniquement par une clientèle masculine et qui s’étendent sur l’arrondissement. Peut-être que, tel Caïn, je porte la marque de mon péché. Peut-être que c’est pour cela qu’à mon arrivée, on m’a orienté vers ce quartier de Paris qui semble être l’épicentre de cette perversion. 

En tout cas, il certain qu’au fil du temps, mes résistances semblent se fissurer. Notre ami en commun, pour lequel j’ai une sincère affection, pense que mon conflit est perdu d’avance. Il semble lui-même faire grand étalage de sa faiblesse. Mais, malgré la sympathie que j’ai pour lui, je ne puis me résoudre à faire preuve d’aussi peu de volonté. Peut-être que ses origines florentines expliquent son inclination à la débauche, mais les miennes ont forgé la croyance que l’esprit se doit d’être le maître du corps. 

Cet ami m’a dit que vous l’aviez grandement soulagé, sans pour autant m’en dire plus, comme s’il craignait d’offenser les dieux eux-mêmes. J’avoue que le style de vie qu’il mène aujourd’hui ne me permet pas de juger réellement de l’aide que vous avez pu lui apporter. Mais, ne connaissant pas sa vie d’avant, je ne voudrais pas tirer de conclusions hâtives. Peut-être, effectivement, possédez-vous le savoir nécessaire pour apaiser mon esprit. 

Monsieur, j’ai besoin de votre assistance et de vos conseils. Je n’ose m’imaginer plonger dans une vie de vices et en même temps, je n’ai aucun désir pour la gent féminine. Ce conflit en moi semble croître chaque jour et ne semble me conduire qu’à la folie. Je vous prie de m’excuser pour la longueur de cette lettre, mais il me paraissait plus honnête de vous confier les secrets de mon âme. J’espère que vous accéderez à ma requête et pourrez me fournir toute l’aide providentielle nécessaire pour atteindre un semblant de paix et de contrôle.

Sincèrement,

Victor A.


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